PRESSE OCÉAN, Pays de la Loire par Eric CABANAS

Photo Nathalie Bourreau
On se pressait hier pour assister à la dispersion des objets personnels, manuscrits, livres, tableaux et meubles, de Julien Gracq. : Photo Nathalie Bourreau

Les prix atteints, hier, par les enchères portant sur les éditions originales et les correspondances de l'écrivain Julien Gracq ont dépassé de très loin les estimations des commissaires -priseurs.

La petite salle des ventes Couton-Veyrac de la rue Miséricorde à Nantes, a rarement été prise d'assaut aussi fébrilement. On se pressait hier pour assister à la dispersion des objets personnels, manuscrits, livres, tableaux et meubles, de Julien Gracq, l'énigmatique écrivain mort l'an dernier à 97 ans à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire).

Mais très vite les enchères ont été trustées par une poignée de collectionneurs et professionnels bien coiffés par les préemptions des institutions (la Bibliothèque nationale, celles de Nantes et d'Angers, Jacques-Doucet à Paris) ou collectivités. Tout ce qui touche André Breton et le surréalisme a ainsi échappé au marché des particuliers et libraires.

75 000 € pour les lettres de Breton

Clou de la vente, la correspondance adressée par André Breton à Julien Gracq, 33 lettres dont 8 cartes postales, a atteint le record de 75 000 €, aussitôt préempté par la bibliothèque Jacques-Doucet, spécialiste du surréalisme. Une lettre du peintre René Magritte est partie à 37 000 €, tandis que deux autres ornées de dessins ont été enlevées à 30 000 €.

Difficile également d'acquérir des éditions originales à un prix raisonnable. Le fameux Rivage des Syrtes de 1951, l'un des 40 exemplaires de tête, estimé 12 000 € a été adjugé 37 000 €, l'édition originale d'Un Balcon en forêt (1958) est partie à 10 500 €...

Le livret scolaire pour Nantes

La commune de Saint-Florent-Le-Vieil a modestement acquis des éléments plus personnels, comme une carte postale de Louis Poirier à sa mère et à sa soeur (500 €) ou son portrait encadré avec sa soeur (650 €).

La ville de Nantes, représentée par Agnès Marcetteau a, quant à elle, préempté le fameux livret scolaire de Louis Poirier au lycée Clemenceau à Nantes de 1926 à 1928 pour la coquette somme de 4 000 €.

Et pour acquérir la correspondance de l'éditeur José Corti, à son auteur fétiche, il a fallu à l'acheteur débourser plus de 23 000 €.

La lettre du jury Goncourt

Parmi les principaux acheteurs, Jean-Baptiste de Proyart, libraire, n'a pas hésité à pousser les enchères. « Je collectionne depuis longtemps. C'est un peu curieux de voir Gracq finir rue Miséricorde à côté du cimetière ! Mais je suis heureux, j'ai pu acquérir une lettre de Jacques Chardonne à Gracq en réponse à l'envoi de son livre Préférences qu'il lui avait dédicacé et que j'avais trouvé il y a sept ans dans une foire au livre ! ».

Et si Julien Gracq avait frappé les esprits en refusant le Goncourt pour le Rivage des Syrtes, il avait bien précieusement conservé la lettre officielle signée par Colette, la présidente du jury, lui confirmant l'attribution du prix. Ce papier a été adjugé 21 000 €. Un prix posthume !