Au chapitre « Les réceptions de l’ambassadeur sont réputées pour le bon goût du maître de maison, » j’ai eu la surprise d’être invité par mon boss, Son Excellence Jean François GIRAULT, un dimanche à déjeuner en tête-à-tête, premier jour de la semaine. Un jus d’orange sanguine à la main, il m’a fait faire le tour du propriétaire : un palais d’été du XIXème, dessiné dans un style italo colonial, inédit à Damas, devenu en 1920 la demeure du roi Fayçal, celui-là même que les Français chassent trois mois plus tard pour Bagdad, avant d’acheter et de meubler ce qui sera la résidence de France. Le général de Gaulle y habite quelques mois en 1942. Elle est, depuis, une résidence fort sympathique, avec grand jardin, grand salon, grande salle à manger, galerie, petit salon, bureau du Général et petite salle à manger où l’ambassadeur me reçoit. Table ronde, pièce carrée décorée à la damascène, des boiseries au mur. Le repas est exquis, asperges, crevettes et avocats en entrée, poisson, épinard puis mangue au dessert. Café et chocolat de chez Ghraoui (The chocolatier of Damascus) apporté sur un plateau d’argent par le maître d’hôtel. La discussion tourne autour de Sciences-Po, Paris II, l’ENA, (promotion Solidarité, 1980), sa carrière d’administrateur de la ville de Paris, concours spécial pour l’ENA, puis poste à Bagdad, Téhéran, sous-secrétaire pour le Moyen-Orient (Golfe) au Quai d’Orsay, conseiller de Chirac à l’Elysée à partir de 1998 puis ce poste à Damas. Toutes les façons de devenir diplomate sont passées en revue. Très instructif. L’ambassadeur a beau être simple et accessible, je suis « stagiairement » impressionné par ce tête à tête, et c’est avec le plus grand mal que je parviens à maîtriser les évolutions et glissades de mon assiette à poisson sur le plat rond argent qui la supporte. Une heure plus tard je prends congé, (suis congédié ?), tout étourdi de cet agréable déjeuner. No comment.