Mardi j’ai complètement halluciné en ouvrant mes rideaux : il neigeait ! Toute la journée de gros flocons ont recouvert la ville, ne laissant aucune chance à la couleur. Tout était blanc. Magnifique. Le mont Qassioum qui surplombe Damas au Nord est resté immaculé plusieurs jours. J’étais en grande balade dans la soirée, quand la tempête qui s’était calmée a repris de plus belle. Ne pas se fier à un ciel bleu à une semaine du mois de mars. En sortant de Bab Kissam, l’une des portes historiques de la ville, j’avais à peine fait quelques pas pour sauter dans un taxi que mon manteau était recouvert de poudreuse. Véritable voile de mariée. Sans parler de mes cheveux qui semblaient sortis du hammam. Impressionnant. Le chauffeur kurde était typiquement arabe. Il a roulé autour des remparts en écoutant de la musique, et fumant des cigarettes jusqu’à ce qu’intrigué par un souk de peaux et de fourrures, je me décide à le quitter. Déambulation délicieuse, seul dans la tempête, à travers les rues vides, à croiser des chats. Je me suis perdu de si nombreuses fois que j’ai fini par tomber sur un artisan en bougies rencontré quelques jours auparavant qui m’a indiqué mon chemin. Damas est une ville reine pour les promenades sans but ni boussole. On t’arrêtera dans la rue pour te souhaiter la bienvenue. Les filles sortiront coiffées ou voilées, et les garçons t’offriront des cigarettes. Mes semelles se perdent au fond d’une impasse sans nom, montent un escalier et les voici sur le seuil d’une famille, gravissant des collines, dominant un jardin, s’arrêtant au pied d’un mur. C’est celui de la mosquée, construit par les Romains, embelli par les Chrétiens, consacré à l’Islam. L’histoire est au cœur de tout et chacun s’en fout. C’est merveilleux.