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Le Christ mort d’Andrea Mantegna (1430/31, 1506) est l’une des œuvres les plus mystérieuses de cet artiste du Nord de l’Italie, à la Renaissance. Cinq siècles plus tard elle continue de susciter interrogations, polémiques, inspirations et voire mêmes vocations.

Les dimensions de cette détrempe sur toile sont de 66 x 81 cm. Le tableau est appelé Christ mort, mais aussi Déploration sur le Christ mort, ou encore Christ en raccourci, sans qu’on connaisse au juste sa destination originelle : œuvre personnelle de l’artiste réalisée pour sa chapelle funéraire ou œuvre de commande ? Andreas Prater a supposé que le commettant était le cardinal Bessarion (1403-1472), qui fut un défenseur zélé de la Croisade contre les Turcs. Ceux-ci avaient conquis Constantinople en 1453, où était en effet conservée la relique de la « pierre de l’onction » représentée sur ce tableau.

Le Christ mort a interpellé ses contemporains et continue d’interpeller aujourd’hui. Il a interpellé au 16ème siècle car pour la première fois le corps du Christ était représenté dans son humanité, avec un souci évident du détail anatomique. Mantegna a ainsi ouvert la voie à des artistes comme Holbein le Jeune (Annexe 1). Le Christ mort a aussi interpellé car Mantegna a appliqué au corps humain les leçons d’Alberti sur la perspective. De nombreux peintres s’y sont ensuite à leurs tours prêtés, que ce soit Carracci (Annexe 2) ou Rembrandt (Annexe 3).

Enfin il interpelle toujours aujourd’hui. En témoigne une prédication de Carême devant le pape Benoît XVI au Vatican en avril 2006. Le comparant au Suaire de Turin le père Cantalamessa s’est en effet indigné : « La théologie nous dit qu'à la mort du Christ son âme s'est séparée de son corps, comme dans le cas de tout homme qui meurt, mais sa divinité est restée unie aussi bien à son âme qu'à son corps. Le Saint Suaire est la plus parfaite représentation de ce mystère christologique. (…) Pour s'en rendre compte il suffit de comparer le Saint Suaire avec d'autres représentations du Christ mort réalisées par des artistes humains, comme par exemple le Christ mort de Mantegna et plus encore celui de Holbein le Jeune, au Musée de Bâle, qui représente le corps du Christ dans toute la rigidité de la mort et le début de la décomposition des membres. Devant cette image – disait Dostoïevski qui l'avait longuement contemplée lors d'un voyage – on peut facilement perdre la foi ; devant le Saint Suaire, au contraire, on peut trouver la foi, ou la retrouver si on l'a perdue. »

Puisque les historiens de l’art ne s’accordent ni sur l’origine ni sur la destination de ce chef d’oeuvre, c’est à la lumière des cinq siècles de controverses que suscite cette œuvre que la volonté de l’artiste peut être éclairée : Le Christ Mort de Mantegna est-il une simple déploration propice à une leçon d’anatomie (I), ou plutôt une puissante œuvre de foi détournant les leçons de la perspective, pour un ode à la résurrection et à la vie (II) ?

L'exposé : REN_Mantegna_Christo_in_scruto_expos_

Les annexes : REN_Mantegna_Christo_in_scruto_annexes