04 janvier 2001
JE M'EN VAIS
Quand le bassiste d’un groupe de rock quitte la bande, les fans regrettent et ne comprennent généralement pas. « Ils faisaient de la bonne musique tous ensemble… ». On trouve ça con. Quand ça ne va pas on en parle. Après l’hiver vient le printemps.
Aujourd’hui j’ai décidé de m’en aller, je n’attendrai pas le retour des beaux jours. Wanaùmé c’est le meilleur concept qui existe pour un tour du monde, mais il ne me convient pas. Je ne crois pas non plus lui convenir. Je continue donc mon périple autrement, l’Inde est ma prochaine destination.
Bonne route au reste de l’équipe et bonne chance au suivant.
Un grand merci, quand même, pour ces deux mois de découverte à la rencontre de la Terre, des Hommes et de nous mêmes.
Comme disait Céline, « Voyager… c’est de l’autre côté de la vie », nous nous reverrons sûrement de l’autre côté du globe.
Bonne année à tous et excellent nouveau siècle,
Au revoir et à bientôt,
Aymeric
SO LONG BOY
De nouveau bien matinaux avec l'aide de Matthew qui nous attend sur le même parking qu'hier, à la même heure, 8h30. Nous faisons la connaissance de Nigel, le responsable commercial de Land Rover pour la zone Afrique.
Direction la grande dune pour une séance photos des Kee's en pleine action au cœur du désert. Avant de mettre les roues dans le sable, nous dégonflons les pneus à la méthode locale, 45 secondes chrono de pleine "dégonflette " en appuyant sur la valve avec un bouchon de stylo. Pour regonfler à 3 kilos, même principe dans le sens inverse, en injectant une pression de 5 kilos pendant 30 secondes "sinon avec ce type de machine ca prend des heures !!" lance Matthew .
Arrivés dans la dune, Nigel nous donne quelques conseils bien utiles sur les rudiments de la conduite dans le sable. Au volant de son Range Rover 4.0 L, il semble se faufiler dans les dunes comme une anguille dans un lagon, avec une aisance déconcertante qui fait ressortir notre niveau très faible en pilotage... L'avantage une fois de plus est que notre marge de progression est colossale!!!!
Après quelques shoots dans un décor étonnant, au pied de cette magnifique grande dune de sable ocre qui s'élève devant nous à plus de 100 m de hauteur, nous repartons vers Dubaï. Nous faisons un stop chez le concessionnaire local pour faire un check up complet des points à réviser sur les véhicules que nous amènerons samedi matin à … 7H30! Au menu les niveaux, le changement des essuies glaces, une cartouche de clim à changer, une serrure à huiler, une fuite au pare brise (mal) changé avant le départ… et quelques autres bricoles que nous sommes sensés faire nous même mais nous ne refusons pas ce genre de soutien précieux.
La suite est un peu moins agréable pour nous tous, nous nous dirigeons vers l'aéroport pour déposer Aymeric dans son avion vers Bombay. Une séparation difficile pour l'équipe et regrettable mais nous n'avons pas voulu contester le choix d'Aymeric. L'atmosphère se tend ,voire se crispe, l'émotion est profonde. Devant la porte d'embarquement nous saluons chaleureusement notre compagnon et lui souhaitons bon voyage. Sa route passe quelques kilomètres plus au nord, en Inde, en des terres plus improbables et plus aventureuses que celles du Moyen Orient…
L'aventure continue de chaque côté du Golfe mais unis jusqu'au bout. Nous nous retrouverons peut-être un peu plus tard…
Sébastien
29 décembre 2000
LIWA OASIS – CHANGEMENT DE DECOR
Ce matin, le réveil interrompt son rythme des vacances. Levés à l’aube, nous délestons et préparons Kikaya et Kikuyu pour les emmener faire une promenade de santé dans le désert.
La région sud des Emirats nous promet un beau circuit « off road ». L’autoroute à huit voies de Dubaï fait progressivement place à des routes asphaltées de deux voies pour finir en pistes sablonneuses tracées au milieu d’un désert majestueux. Les dunes vivent sous nos yeux, elles ondulent, se transforment, changent de couleurs, du jaune pâle au rouge en passant par des teintes orangées. Nulle trace de vie, c’est à peine si le grillage qui longe la route sur des kilomètres nous rappelle la présence surveillée des chameaux. Rien a voir avec le Wadi Rum. L’immensité est la seule dimension quantifiable du sable qui nous entoure.
Nous roulons quelques heures avant d’arriver à Hameem. C’est là que commence la région des oasis. La vie reprend ses droits, l’eau amène la couleur verte, palmiers et fermes se groupent au creux d’une dune gigantesque. Les habitants des lieux ne sont pas des bédouins nomades, ni même des descendants arabes du prophète. Ce sont des Bengali (du Bengladesh) qui font office de fermiers. Ce seront nos hôtes pour la soirée. Nous tournons quelques temps à la recherche d’un endroit potable pour monter notre bivouac. Mine de rien ce n’est pas évident. Tel endroit est vraiment moche, celui-ci est sale, alors que celui-là nous rappelle plutôt le camp disciplinaire… Finalement nous plantons nos piquets sur le sol meuble d’une minuscule dune au bord de la palmeraie et juste à côté de la pompe qui alimente les plantations en eau. A la nuit tombée, nous ne voyons plus que le ciel étoilé, le lieu est idéal pour notre partie de bataille corse au bord du feu.
Marie et Aymeric
24 décembre 2000
REVEILLON TOUS ENSEMBLE
Les vacances continuent, la matinée débute vers 11h et se prolonge à la plage. Pendant que Tom et Seb font le tour des Mall pour leurs kados de Noël, Aymeric roupille devant la télé, en assurant le standard téléphonique auprès de nos familles qui trouvent le temps long. Marie est récupérée à l’aéroport à 17h40. Nous réveillonnons tous ensemble chez le frère de Marie qui nous a laissé sa baraque. Merci Vincent. Au menu crevettes congelées et riz au curry, parfois la France nous manque. Echange de ces kados. Seb c’est du chocolat à profusion, Marie une polaire, Tom un sac pour ranger les appareils photos et Aymeric un Keffieh. Nous ouvrons pour l’occasion une bouteille de rouge et une de blanc. Comme on dit, c’est pas tous les jours Noël.
Aymeric
23 décembre 2000
FARNIENTE
0 KM PARCOURUS
0 km c’est un peu exagéré, on est quand même allé à la plage. A part ça on glande toute la journée. Nous sommes à peine arrivé que Marie est déjà repartie. Son visa pour les émirats expire aujourd’hui, pour le renouveler il faut qu’elle quitte d’abord le territoire. Conclusion elle est partie en Oman et revient demain à quatre heures. Y’a intérêt, on prépare Noël avec impatience.
Aymeric
22 décembre 2000
ON THE ROAD AGAIN, LES RETROUVAILLES
A peine s’arrête t-on pour admirer une étendue de sel dans le désert ou un mirage sur la route, nous traçons toute la journée pour retrouver Marie à Dubaï, Emirats Arabes Unis, et lui faire la surprise de notre arrivée. La douane saoudienne à la sortie est la plus facile de tous nos passages. Rien à payer comme taxes supplémentaires ou déclaration fastidieuse aux autorités. Au fur et à mesure que nous nous approchons l’autoroute s’agrandit. Une voie en Saoudie, deux voies aux émirats, trois aux abords d’Abu Dhabi et enfin cinq à Dubaï. Nous ne savons pas où habite Marie, donc nous nous rapprochons du centre ville pour l’appeler depuis une cabine. Après de longues semaines de désert c’est l’hallucination totale. Hong Kong du Golfe Persique, la ville est blindée de grands magasins, boutiques de luxe ou concessions et autres franchises internationales. Les buildings rivalisent d’audace architecturale et de débauche de néons. Nous entrons dans un centre commercial. Nous en prenons plein les yeux, de sons et de couleurs. Marie n’est pas chez elle quand nous l’appelons. On lui laisse un message, tentons de la contacter par internet… Peine perdue. Nous nous souvenons que le vendredi est le jour de Fun Tv. On fonce à la voiture, branchons l’antenne, et répondons à temps aux questions de Tom et Elsa, sans savoir quelles images défilent à l’écran. Le rendez vous pour la semaine prochaine est reconduit. En rappelant chez Marie nous entendons enfin sa douce voix au bout du fil, elle nous donne le chemin et nous fonçons la voir. Retrouvailles émouvantes, on a tout un tas de chose à se raconter. Elle a pas mal bronzé, sa bonne mine nous déprime, va falloir se rattraper.
Aymeric
21 décembre 2000
ARABIE SAOUDITE, HOFUF : LA PLUS GRANDE OASIS DU MONDE
Nous arrivons à Damman vers midi, pour rencontrer nos sponsors saoudiens, les Kanoo. C’est la veille du week-end et tous les représentants de cette grosse famille sont à Bahrain. Nous laissons donc une lettre de remerciements accompagnée de notre magazine à la section Travel. Le Kanoo Group est une grosse boîte implantée dans chaque état du golfe et spécialisée dans les transports & co. Nous rencontrons Ravi, l’homme par qui le fax d’invitation est arrivé ; et discutons un moment avec son boss. Dans ce pays tous les boss sont des saoudiens et tous les employés sont indiens, pakistanais ou du Bengladesh. Ces derniers ne parlent pas arabe. L’anglais est avec eux de mise. Rapide mise en ligne dans un web bar de la périphérie. Nous sommes stoppés dans notre élan par la prière. A ces heures de la journée tout le pays s’arrête, les magasins ferment. Les gens vont à la mosquée ou attendent dans leur voiture que l’ange passe… Il y a cinq prières dans la journée. Nous manquons de nous faire enfermer devant les ordinateurs. Ouf, il était moins une.
Nous reprenons la route pour Hofuf, à une grosse centaine de km de là. Hofuf est l’une des plus grandes oasis du monde. Nous nous baladons dans la palmeraie à la recherche d’un endroit pour dormir. Les saoudiens sont très serviables, nous voyant un peu perdus plusieurs à tour de rôle nous montrent le chemin. Nous échouons alors devant une espèce de montagne de roc. On ne comprend pas bien ce que c’est mais nous trouvons ça sympa. On se prépare la tambouille. Salade de riz au maïs et au thon, un régal. Des saoudiens sont assis à coté de notre table de pique-nique. Nous lions connaissance et de fil en aiguille ceux ci se proposent de nous faire visiter les rocs voisins. Ok les amis, on vous suit. On s’équipe de lampes de poche puisque c’est la nuit, et enjambons la barrière d’accès, fermée à cette heure, pour pénétrer dans les caves. Des blocs de pierre d’une centaine de mètres de haut ont été creusés par la nature, et forment, au niveau du sol, des boyaux plus ou moins exigus, qui s’élargissent parfois pour former un salon ! On se perd dans un dédale de pierres et d’air. Cet endroit reste frais l’été et conserve la chaleur l’hiver, ce qui lui a valu d’être habité par les grands parents de nos guides, il y a de nombreuses années. Le Siq de Pétra est une large avenue à coté de ces caves qui font plus penser aux bas fonds napolitains.
En sortant nous finissons par accepter une invitation à boire le thé dans une ferme de la palmeraie. Tant pis, nous ne conduirons pas ce soir, Marie attendra. Mohamed est le fermier, Fallah son meilleur ami est étudiant. Il parle l’anglais couramment. La palmeraie n’a rien à voir avec tout ce que nous avons pu imaginer. L’oasis est sillonnée de routes en bitume, et des parcelles la délimitent. La ferme de Mohamed est bien entretenue, 180 arbres la composent, au centre desquels se situe la maison. Nous visitons l’exploitation et devenons rapidement incollables sur la culture de la datte, ou la meilleure façon de grimper aux arbres. Le café puis le thé sont servis et nous nous installons devant une partie de OK Star. Nous nous endormons à même le sol, dans une douce odeur de dattes sucrées.
Aymeric
20 décembre 2000
EN SUIVANT LE PIPE LINE
59EME JOUR – ARABIE SAOUDITE, 1033 KM PARCOURUS
Plus de 1300 km nous séparent de Damman, où nous devons passer saluer nos sponsors saoudiens, les KANOO. Le désert ici ce n’est pas le Wadi Rum, deux petits rochers et puis s’en va. Nous suivons donc la route du Nord d’Ouest en Est. Elle longe la frontière irakienne dans une droite quasi parfaite, comme les frontières africaines du congrès de Berlin. Parfois une bosse, un petit virage ponctue le paysage. Des troupeaux de dromadaire blancs s’ébrouent dans le sable. Un pipe line longe la route sur notre droite. Gros tuyau en métal froid sur lequel repose toute l’économie du pays. Nous n’hésitons pas à tracer à toute berzingue, le diesel est à 80 centimes le litre... Le désert est on ne peut plus plat. Des nuages dans la matinée se dégagent l’après midi. La température extérieure oscille entre 15 et 20 degrés. Les kms défilent sans passion, méticuleusement.
Pause dîner à 18 heures, au coucher du soleil. Nous n’avons pas le droit de manger avant la tombée du jour. En fait, nous avalons de temps à autre un gâteau ou un verre d’eau, en ayant pris soin de vérifier dans les rétros si aucune voiture ne se pointait à l’horizon. Nous roulons jusqu’à onze heure et demi. Alors que nous installons notre bivouac en retrait de la route, une voiture de flic débarque. Quelques mots d’arabes ajoutés à des bribes d’anglais et nous remontons dans les voitures suivant les policiers… jusque dans la ferme de l’un d’eux. Nous sommes invités à passer la nuit dans une tente de bédouin ! C’est un marabout en coton. Le tout est un peu sale mais l'espace considérable. Nous installons nos tapis de sol et duvet pour la nuit, saluons les flics une dernière fois. Ils continuent leur patrouille, nous pouvons dormir tranquille. Bonne garde.
Aymeric
LES MYSTERES DE LA MISE EN LIGNE
Comment faites vous pour écrire vos textes, pour les balancer sur internet ? Les questions sur notre fonctionnement sont l’objet de nombreux mails. Voici le temps des confidences. Partons du principe que nous sommes quatre, et que nous utilisons trois modes d’expression : photos, vidéo et textes. En deux mois de voyage chacun a trouvé sa place dans le grand jeu du qui fait quoi.
La photo est le domaine privilégié de Thomas, en coordination avec Sébastien. Tous deux prennent les photos en 24x36, envoyées chaque semaine par Fedex à nos partenaires de la presse mag française, New Look, Mens’Health… Tous les quatre nous prenons les photos et vidéos numériques destinées au site Web. C’est par contre Tom, sous la vigilance de Seb, qui fait le choix des photos et qui les traite, couleurs, formatage… Il utilise pour cela un Powerbook G3 (macintosh) configuré pour le montage vidéo et le traitement des photos.
La vidéo est le jardin de Sébastien. Il prend les images, les met en scène, puis les visionne pour établir le plan de montage. Il utilise une caméra numérique de format DV Cam, les experts comprendrons... Il envoie alors les cassettes, avec les commentaires, à Julie à Paris. C’est elle qui dispatche ensuite les cassettes et pellicules entre Fun TV et le labo photos. Merci JuJu. Fun reçoit les images le lundi et les monte pour l’émission du vendredi. What’s Fun est animée par Tom et Elza entre 18 et 19 heures. Nous commentons en direct les images grâce à la valise satellite, sans forcément savoir ce qui défile sur l’écran…
Reste l’écriture des textes. Nous nous partageons le Mac, quand Tom ne s’en sert pas, et deux Toshiba portables. L’un étant beaucoup plus puissant que l’autre. Nous travaillons à tour de rôle dans les voitures. Deux conduisent pendant que deux autres travaillent… Ni trêve ni repos ! Tom est le seul à ne pas écrire. Appréciez donc ses trop rares apparitions, l’orthographe c’est pas son truc.
D’une semaine sur l’autre nous tournons pour écrire les carnets de route. Marie et Aymeric ont en charge la Newsletter, avec des apparitions de Seb. Les papiers édito, offroad, aux yeux du monde, portraits, question de nature… sont le fruit d’un coup de cœur. Les évènements dictent les aventures que nous vous narrons ensuite. Tous les textes sont relus par Marie pour l’orthographe. Celui-ci souffre d’ailleurs de son éloignement actuel. Ils sont ensuite checkés par Seb, c’est lui qui assume la responsabilité et la qualité de ce qui est mis en ligne. Coupe, précision, ponctuation et reformulation… il a toujours le juste mot.
Pour la mise en ligne proprement dite, nous utilisons au minimum la valise satellite. Compte tenu de son coût faramineux, 64 francs HT la minute, un web café est souvent plus judicieux. La mise en ligne est techniquement assez simple. Marie, Aymeric ou Seb s’en charge, Tom pendant ce temps envoie ses mails. Nous nous sommes fixé deux dates de mises en ligne : le mercredi et le dimanche, jour où nous envoyons aussi la Newsletter. Ne vous inquiétez pas de nos retards. Ce n’est pas toujours évident de concilier strictement les imprévus et le travail.
Vous êtes maintenant complètement informés du fonctionnement de Wanaùmé. Ce n’est pas du papier à musique mais le résultat est plutôt sympa. Alors à vos claviers, commentez nos articles et photos, ce qui vous plait, vous déplait, ce que vous aimeriez voir ou lire… Toutes les suggestions sont les bienvenues, on passe quand même pas mal de temps rien que pour vous. Une petite phrase se Sartre pour finir « Un homme c’est toujours un conteur d’histoires, il vit entouré de ses histoires et des histoires d’autrui, il voit tout ce qui lui arrive à travers elles ; et il cherche à vivre sa vie comme si il la racontait. » La nausée.
Aymeric
VENDREDI 22 DECEMBRE 2000, 61EME JOUR
ON THE ROAD AGAIN, LES RETROUVAILLES
770 KM PARCOURUS
A peine s’arrête t-on pour admirer une étendue de sel dans le désert ou un mirage sur la route, nous traçons toute la journée pour retrouver Marie à Dubaï, Emirats Arabes Unis, et lui faire la surprise de notre arrivée. La douane saoudienne à la sortie est la plus facile de tous nos passages. Rien à payer comme taxes supplémentaires ou déclaration fastidieuse aux autorités. Au fur et à mesure que nous nous approchons l’autoroute s’agrandit. Une voie en Saoudie, deux voies aux émirats, trois aux abords d’Abu Dhabi et enfin cinq à Dubaï. Nous ne savons pas où habite Marie, donc nous nous rapprochons du centre ville pour l’appeler depuis une cabine. Après de longues semaines de désert c’est l’hallucination totale. Hong Kong du Golfe Persique, la ville est blindée de grands magasins, boutiques de luxe ou concessions et autres franchises internationales. Les buildings rivalisent d’audace architecturale et de débauche de néons. Nous entrons dans un centre commercial. Nous en prenons plein les yeux, de sons et de couleurs. Marie n’est pas chez elle quand nous l’appelons. On lui laisse un message, tentons de la contacter par internet… Peine perdue. Nous nous souvenons que le vendredi est le jour de Fun Tv. On fonce à la voiture, branchons l’antenne, et répondons à temps aux questions de Tom et Elsa, sans savoir quelles images défilent à l’écran. Le rendez vous pour la semaine prochaine est reconduit. En rappelant chez Marie nous entendons enfin sa douce voix au bout du fil, elle nous donne le chemin et nous fonçons la voir. Retrouvailles émouvantes, on a tout un tas de chose à se raconter. Elle a pas mal bronzé, sa bonne mine nous déprime, va falloir se rattraper.
Aymeric
SAMEDI 23 DECEMBRE 2000, 62EME JOUR
FARNIENTE
0 KM PARCOURUS
0 km c’est un peu exagéré, on est quand même allé à la plage. A part ça on glande toute la journée. Nous sommes à peine arrivé que Marie est déjà repartie. Son visa pour les émirats expire aujourd’hui, pour le renouveler il faut qu’elle quitte d’abord le territoire. Conclusion elle est partie en Oman et revient demain à quatre heures. Y’a intérêt, on prépare Noël avec impatience.
Aymeric
DIMANCHE 24 DECEMBRE 2000, 63EME JOUR
REVEILLON TOUS ENSEMBLE
Les vacances continuent, la matinée débute vers 11h et se prolonge à la plage. Pendant que Tom et Seb font le tour des Mall pour leurs kados de Noël, Aymeric roupille devant la télé, en assurant le standard téléphonique auprès de nos familles qui trouvent le temps long. Marie est récupérée à l’aéroport à 17h40. Nous réveillonnons tous ensemble chez le frère de Marie qui nous a laissé sa baraque. Merci Vincent. Au menu crevettes congelées et riz au curry, parfois la France nous manque. Echange de ces kados. Seb c’est du chocolat à profusion, Marie une polaire, Tom un sac pour ranger les appareils photos et Aymeric un Keffieh. Nous ouvrons pour l’occasion une bouteille de rouge et une de blanc. Comme on dit, c’est pas tous les jours Noël.
Aymeric
VENDREDI 29 DECEMBRE 2000, 68EME JOUR
LIWA OASIS – CHANGEMENT DE DECOR
Ce matin, le réveil interrompt son rythme des vacances. Levés à l’aube, nous délestons et préparons Kikaya et Kikuyu pour les emmener faire une promenade de santé dans le désert.
La région sud des Emirats nous promet un beau circuit « off road ». L’autoroute à huit voies de Dubaï fait progressivement place à des routes asphaltées de deux voies pour finir en pistes sablonneuses tracées au milieu d’un désert majestueux. Les dunes vivent sous nos yeux, elles ondulent, se transforment, changent de couleurs, du jaune pâle au rouge en passant par des teintes orangées. Nulle trace de vie, c’est à peine si le grillage qui longe la route sur des kilomètres nous rappelle la présence surveillée des chameaux. Rien a voir avec le Wadi Rum. L’immensité est la seule dimension quantifiable du sable qui nous entoure.
Nous roulons quelques heures avant d’arriver à Hameem. C’est là que commence la région des oasis. La vie reprend ses droits, l’eau amène la couleur verte, palmiers et fermes se groupent au creux d’une dune gigantesque. Les habitants des lieux ne sont pas des bédouins nomades, ni même des descendants arabes du prophète. Ce sont des Bengali (du Bengladesh) qui font office de fermiers. Ce seront nos hôtes pour la soirée. Nous tournons quelques temps à la recherche d’un endroit potable pour monter notre bivouac. Mine de rien ce n’est pas évident. Tel endroit est vraiment moche, celui-ci est sale, alors que celui-là nous rappelle plutôt le camp disciplinaire… Finalement nous plantons nos piquets sur le sol meuble d’une minuscule dune au bord de la palmeraie et juste à côté de la pompe qui alimente les plantations en eau. A la nuit tombée, nous ne voyons plus que le ciel étoilé, le lieu est idéal pour notre partie de bataille corse au bord du feu.
Marie et Aymeric
JEUDI 4 JANVIER 2001, 74EME JOUR - DUBAÏ, EMIRATS ARABES UNIS -
SO LONG BOY
De nouveau bien matinaux avec l'aide de Matthew qui nous attend sur le même parking qu'hier, à la même heure, 8h30. Nous faisons la connaissance de Nigel, le responsable commercial de Land Rover pour la zone Afrique.
Direction la grande dune pour une séance photos des Kee's en pleine action au cœur du désert. Avant de mettre les roues dans le sable, nous dégonflons les pneus à la méthode locale, 45 secondes chrono de pleine "dégonflette " en appuyant sur la valve avec un bouchon de stylo. Pour regonfler à 3 kilos, même principe dans le sens inverse, en injectant une pression de 5 kilos pendant 30 secondes "sinon avec ce type de machine ca prend des heures !!" lance Matthew .
Arrivés dans la dune, Nigel nous donne quelques conseils bien utiles sur les rudiments de la conduite dans le sable. Au volant de son Range Rover 4.0 L, il semble se faufiler dans les dunes comme une anguille dans un lagon, avec une aisance déconcertante qui fait ressortir notre niveau très faible en pilotage... L'avantage une fois de plus est que notre marge de progression est colossale!!!!
Après quelques shoots dans un décor étonnant, au pied de cette magnifique grande dune de sable ocre qui s'élève devant nous à plus de 100 m de hauteur, nous repartons vers Dubaï. Nous faisons un stop chez le concessionnaire local pour faire un check up complet des points à réviser sur les véhicules que nous amènerons samedi matin à … 7H30! Au menu les niveaux, le changement des essuies glaces, une cartouche de clim à changer, une serrure à huiler, une fuite au pare brise (mal) changé avant le départ… et quelques autres bricoles que nous sommes sensés faire nous même mais nous ne refusons pas ce genre de soutien précieux.
La suite est un peu moins agréable pour nous tous, nous nous dirigeons vers l'aéroport pour déposer Aymeric dans son avion vers Bombay. Une séparation difficile pour l'équipe et regrettable mais nous n'avons pas voulu contester le choix d'Aymeric. L'atmosphère se tend ,voire se crispe, l'émotion est profonde. Devant la porte d'embarquement nous saluons chaleureusement notre compagnon et lui souhaitons bon voyage. Sa route passe quelques kilomètres plus au nord, en Inde, en des terres plus improbables et plus aventureuses que celles du Moyen Orient…
L'aventure continue de chaque côté du Golfe mais unis jusqu'au bout. Nous nous retrouverons peut-être un peu plus tard…
Sébastien
JE M’EN VAIS
Quand le bassiste d’un groupe de rock quitte la bande, les fans regrettent et ne comprennent généralement pas. « Ils faisaient de la bonne musique tous ensemble… ». On trouve ça con. Quand ça ne va pas on en parle. Après l’hiver vient le printemps.
Aujourd’hui j’ai décidé de m’en aller, je n’attendrai pas le retour des beaux jours. Wanaùmé c’est le meilleur concept qui existe pour un tour du monde, mais il ne me convient pas. Je ne crois pas non plus lui convenir. Je continue donc mon périple autrement, l’Inde est ma prochaine destination.
Bonne route au reste de l’équipe et bonne chance au suivant.
Un grand merci, quand même, pour ces deux mois de découverte à la rencontre de la Terre, des Hommes et de nous mêmes.
Comme disait Céline, « Voyager… c’est de l’autre côté de la vie », nous nous reverrons sûrement de l’autre côté du globe.
Bonne année à tous et excellent nouveau siècle,
Au revoir et à bientôt,
Aymeric
19 décembre 2000
« ON LES A ! ! ! » ... « ON Y EST ! ! ! »
A dix heures tapantes nous remettons avec émotion nos passeports et lettre d’invitation au consulat d’Arabie Saoudite. Une fonctionnaire francophile suit les choses de près. Nous devons récupérer les nouveaux visas à deux heures. Nous saluons pour une dernière fois Ahmed en le raccompagnant à l’école. C’est quand même un ado de quinze ans qui nous a piloté dans nos méandres consulaires, n’hésitant pas à appeler le cabinet du premier ministre pour tenter de débloquer la situation ! Choukran tir l’ami. Nous tuons le temps au musée archéologique d’Amman, où sont exposés entre autre la première statue de l’humanité, ainsi que les rouleaux de la Mer Morte, qui indique l’existence d’un fabuleux trésor de 200 tonnes d’or et d’argent. Dehors il pleut, les minutes s’écoulent lentement.
A deux heures, deux semaines d’efforts et d’espoirs bafoués aboutissent. Les visas sont brandits victorieusement. Nous les contemplons comme des reliques trois fois saintes. CA Y EST : ON LES A ! ! ! Il n’y a pas de temps à perdre : il faut prendre la route pour passer la frontière ce soir. La pluie nous lave sur la longue route vers l’Arabie. Après une heure et demie de formalités au poste jordanien et 350 frs supplémentaires partis en taxes diverses ( ! ! ! !), il est 19 heures lorsque nous nous présentons devant les autorités saoudiennes.
En un mois le royaume accueille cinq millions de pèlerins. Le pèlerinage dure trois semaines, le moment le moins éprouvant n’est certainement pas le passage de la frontière. Une fois la fastidieuse vérification des identités et des visas vient le temps des bagages. Le poste peut contrôler 13 cars en même temps. En face de chaque parking, un immense déballoire couvert est à la disposition des étrangers qui y étalent leurs effets personnels devant les douaniers. Les bus sont méticuleusement inspectés. Dans la partie réservée aux voitures même procédé. Les taxis sont eux systématiquement démontés. Roues (ils démontent même les pneux), banquètes, garnitures des portières, moteur… De la folie. Sur la fiche d’identité que l’on remplit à l’entrée est inscrite en lettre capitale rouge que la mort punit les trafiquants de drogue. Rassurez vous, nous avons écoulé la fin de notre stock de cocaïne en Jordanie.
Les Kees n’échappent pas à l’inspection et nous vidons entièrement les 2 voitures, devant les yeux dubitatifs des douaniers qui ne comprennent pas bien quel type de business nous venons faire en Arabie avec un cantine d’outils, une d’ustensiles de cuisine, des combinaisons de plongée, des réchauds, des duvets, des tentes... Si les sous vêtements de Marie interloquent les fonctionnaires « comment faites vous pour rentrer la dedans ? » C’est surtout notre vinaigre de vin et les 3 caisses de médicaments qui posent problèmes. Drogues et alcool… les douaniers gardent finalement le vinaigre, et des échantillons de médocs. Toutes les boites ont en effet été vidées et les notices lues par un type en blouse banche qui a mis un bordel monstre.
Le chrono s’arrête au bout de trois heures trente. Nous nous en sommes pas mal tirés. Valise sat, computer et autre appareil photos sont passés comme une lettre à la poste. NOUS Y SOMMES ! ! ! On se fait une énorme bouffe pour 20 balles chacun sur le bord de la route. A partir de demain toute entorse publique aux obligations du Ramadan est punit de prison jusqu’à ce que le mois saint prenne fin.
Premier bivouac dans le désert saoudien Les hôtels 4 étoiles d’Adonis ne sont plus qu’un lointain souvenir...
Inch’Allah.
Aymeric
17 décembre 2000
NOS AMIS LES MOMO, LA POLICE SECRETE AUX TROUSSES DE WANAUME
X. en Syrie fut le premier à les évoquer, Y. à nous les épeler, c’est Z. qui nous en présenta un à Damas… mais c’est à Amman, que nous apprenons à découvrir nos amis les mourabarat. Véritable institution au Proche Orient, ces policiers sont les yeux et les oreilles du régime : Big Brother is watching you. Au fil des kilomètres nous découvrons petit à petit les charmes de cette police très secrète, aussi appelée deuxième bureau ou encore mourabarat. Alias nos amis les momo.
En Syrie, les gens nous prenaient pour des mourabarat, car nous nous déplaçons en Land Rover : la voiture fétiche des flics syriens. Jamais un simple policier n’a osé siffler les Kee’s dans une voie à contre sens, il arrêtait au contraire la circulation pour nous laisser passer ! Plutôt pratique. Nous savions que les momo existaient, qu’ils contrôlaient sans doute nos passages aux frontières, et peut être plus. Ca n’allait pas plus loin. Nous en riions.
Aujourd’hui les choses ont changé. Depuis notre aventure photographique à l’ambassade d’Arabie Saoudite, l’impression d’être épié est parfois angoissante, limite parano. On ne voit pas les mourabarat, ce sont des hommes très discrets. Tapis dans l’ombre, ils en surgissent à la moindre anomalie, et se retirent dès qu’ils se sentent grillés. Notre première alerte nous a conduit au poste de la police centrale, chargée des vérifications d’identités. Un momo a effectivement aperçut Tom photographier une « security place ». No comment.
La deuxième alerte est exemplaire. Nous nous garons en plein centre historique d’Amman pour trouver un web café. Un type, dans la foule des curieux habituels qui s’agglutinent autour des voitures, retient notre attention. A Tom comme à moi il pose tout un tas de questions précises, sans pour autant susciter nos soupçons. En peu de temps il identifie Seb comme notre chef, il connaît tout de notre périple jordanien, lieux visités, date d’entrée… Il nous amadoue en nous proposant de nous loger chez lui. Puis, lorsqu’il apprend que nous sommes déjà fichés par la police il se rétracte. « Vous êtes certainement surveillés par les mourabarat… Vous savez c’est petit chez moi, je ne peux pas vous accueillir mais je vais vous indiquer un hôtel pas cher. » C’était une de ces taupes planquée dans la population, qui observe et note tout ce qui se passe d’anormal. Il a compris que nous étions déjà pris en main. Pas la peine de percer notre « secret ».
Nous sommes en effet ultra suspects, et à plus d’un titre. Notre voyage c’est la couverture idéale pour petit espion. Nous nous baladons dans des énormes bagnoles. Nous sommes dotés du matériel photo et vidéo, numérique, le plus perfectionné. Nous branchons notre valise satellite à heures fixes. Nous passons un temps fou devant des postes internet, ou devant nos propres ordinateurs portables. La cerise sur le gâteau : en Jordanie, nous nous trimballons d’hôtels de luxe en palaces cinq étoiles sans jamais payer ; ou dormons dans la voiture. Ajoutons à cela nos fréquents passages à l’ambassade de France avant la visite éclaire d’Hubert Védrine au Proche Orient… Y’a de quoi rendre un mourabarat fou !
Nous retrouvons donc le même lieutenant moustachu d’un bout à l’autre d’Amman, comme par hasard… Le cheveu laissé par Seb sur la porte de nos chambres d’hôtel, comme repère ( on sait, il regarde trop de film de série B ), disparaît au retour d’une excursion. Une voiture vient ensuite se perdre derrière nous en pleine campagne, dans un cul de sac, à minuit et demi. Nous recevons par ailleurs des publicités étonnantes, vantant des hôtels jordaniens, dans notre boite mail… Tout un tas de petits signes anodins qui revêtent une importance de plus en plus importante. Nous sommes suivis à la trace.
Messieurs les mourabarat, puisque vous lirez ce texte, sachez que nous ne vous voulons aucun mal. Nous sommes des amis de la Jordanie, comme des pays arabes. Votre jeu de piste nous épuise. Prenons plutôt un thé au coucher du soleil, nous aurons tous le loisir de répondre à vos interrogations. A très bientôt. Inch Allah.
Aymeric
