LE NOMBRIL DE BELLE BEILLE, par Olivier TACHEAU (qui a préempté pour la bibliothèque universitaire d'Angers)

dscn1127Votre serviteur était donc à Nantes ce mercredi 12 novembre pour la vente Gracq. Pas tellement pour faire un billet d’ambiance sur son blog, mais surtout pour préempter quelques lots de correspondances et de photographies chers à son établissement, et que ce dernier ne souhaitait pas voir dispersés.

Drôle de journée en définitive où on eut l’impression d’enterrer Gracq une seconde fois, la ferveur et le recueillement en moins, et finalement dans une ambiance assez surréaliste (de circonstance…) et plutôt foutraque comme toute bonne vente aux enchères qui se respecte !

Près de 850 000 € avec les frais (quand même autour de 23%) ont été dépensés par les spéculateurs acheteurs avec de drôles de surprises, les estimations ayant été très largement sous-évaluées et donc parfois multipliées par 25 lors de la vente, notamment pour les livres rares et la correspondance :
37 000 € : pour un exemplaire du tirage de tête du Rivage des Syrtes (40ex)
10 500 € : pour un exemplaire du tirage de tête duBalcon en forêt (52ex)
75 000 € : pour les 32 lettres d’André Breton (préempté par la bib. J. Doucet)
23 000 € : pour les 55 magnifiques lettres de José Corti
21 000 € : pour la lettre de Colette lui annonçant officiellement son Goncourt
50 000 € : pour deux lettres de Magritte
37 000 € : pour une lettre de Magritte

Les Lives rares se sont arrachés pour près de 200 000 € tandis que la correspondance dépassait les 307 000 €. A peine 50 000 € pour les tableaux et estampes, une misère, alors que les photographies, de Gracq essentiellement, avoisinaient en tout les 52 000 €. Les meubles et bibelots n’ont donné lieu à aucune spéculation “gracquomaniaque” notoire et sont partis au “prix du bois”, soit 33 150 € pour 62 lots alors que les ouvrages courants, de Proust à Villepin dédicacé, ont atteint un volume de 41900 €, plutôt beaucoup pour 84 pièces ou cartons.

Et pour la BU d’Angers finalement ?

Une grosse déception (et une vraie tristesse) tout d’abord pour les 55 lettres deJosé Corti, qui sont parties pour 33 500 € frais compris (soit 2/3 de plus que la somme globale que nous nous étions fixée pour toute la vente…) et celles deJean Paulhan parties à 4 fois leur estimation initiale. Un vrai regret également pour le lot de lettres d’éditeurs et traducteurs trop élevé pour notre budget.
Au final, nous revenons quand même avec 12 lots, notamment de la correspondance d’écrivains, de journalistes et de lecteurs (210 lettres), une belle correspondance de Jules Monnerot, 5 lettres de Gaston Gallimard essayant de débaucher Gracq de chez Corti, 4 photographies récentes d’Arturo Patten, peu connues mais très élégantes, un lot d’ouvrages anciens sur l’auteur, toutes les coupures et dossiers de presse depuis Au château d’Argol et… l’appareil photo de Gracq (ça on s’en fiche) avec les nombreuses diapositives sur le paysage prises par l’auteur, ça c’est la bonne surprise.

PS : Le fauteuil de Gracq dont nous parlait récemment François Bon a été adjugé à 1 400 € et préempté par la ville de Saint Florent le Vieil.

retrouver l'article original sur le blog d'Olivier TACHEAU