LE TIERS LIVRE, par François BON

merci à Pierre Assouline

Ça n’a pas de nom. On en cracherait de dégoût. C’est rien : un vieux fauteuil défoncé (« Prenez place, je vous prie, permettez que je garde mon couvre-chef »), la table en merisier comme dans la moitié des maisons du village, où il avait ses télécommandes pour ses DVD d’histoire et d’opéra, et les quelques livres reçus qui lui étaient ce lien intellectuel au monde. Personne ne veut de la maison, et le reste, à ce prix, on pourrait se l’approprier soi (non, surtout pas, fermer les yeux et le nez), sauf la vue sur la Loire. C’est comme ses cendres, où dispersées, après la crémation d’Angers ? Merci Pierre Assouline pour ce billet, et le petit jeu d’échecs en plastique. Les tableaux étaient mauvais (« Je n’ai jamais eu d’affinité avec la peinture »), mais les photos : celles de sa famille. Pour Louis Guilloux, à Saint-Brieuc, on a gardé au moins le bureau, la pièce de travail : qui, y entrant aujourd’hui, n’entendrait pas Cripure, la guerre et comment on reste moralement debout ? Que l’odeur de ce commerce puant colle aux mains de tous ceux qui y auront trempé. Auraient mieux fait d’appeler un vide-grenier, un matin tôt, et hop au revoir, mais sans rien du nom Poirier. La photo ci-dessus ? Brûlez-la, il n’y a plus rien.

© François Bon _ 30 octobre 2008