La fête de Pâques orthodoxe tombe le premier week-end de mai. Les femmes nettoient à grande eau leur maison. Des marchands de fleurs passent dans les rues, et j’en profite pour peupler ma chambre de rosiers multicolores. Les boutons devraient éclore dans quelques jours. Pas de manifs pour le premier mai. Les chauds rayons du soleil sont en revanche au programme. Ce qui est plutôt agréable après un printemps mitigé, partagé entre les jours de grands vents, ceux de grands froids, ceux de petites pluies, et les fausses alertes trompeuses de quelques jours plus chaleureux. « Dis miss météo, il est là l’été ? »

Toutes les communautés chrétiennes de Syrie ne célèbrent pas la résurrection du Christ en même temps, les orthodoxes s’y prenant après les catholiques. Les chrétiens orientaux suivent en effet le calendrier de Jules César quand nous, en occident, suivons celui d’un pape nommé Grégoire. Le calendrier julien a deux semaines de retard sur le grégorien. Le jeûne du carême dure ici 50 jours et il est très suivi. Les gens continuent de manger, mais s’abstiennent de prendre tout ce qui peu avoir trait à l’animal. Adieu veaux, vaches, cochons, crème, œufs et lait. Régime « sec » de légumes et de pain. La cuisine syrienne est cependant suffisamment variée pour ne pas mourir d’ennui devant un plat de patates à l’eau. Une copine m’a dit toute joyeuse qu’elle avait perdu 5 kilos au cours du carême. « Faites, mon Dieu, que ce soit Pâques tous les jours ! »

La semaine qui précède Pâques est un florilège d’intentions pieuses et de rites populaires fort sympathiques. Indépendamment des messes quotidiennes et autres chemins de croix du vendredi saint, toutes les statues de la Vierge et du Christ qui pullulent au coin des rues sont animées jour et nuit. Bougies, encens, postes de musique cachés dans un coin qui distille des cantiques, signes de croix furtifs ou appuyés au passage devant le saint. Les vieilles femmes sont pour cette semaine imitées par les enfants, les jeunes et les adultes, dans une ferveur extraordinaire. Le néon rouge qui agrémente la statue de Marie dans ma maison diffuse une lumière trop suspecte pour être honnête. Je me demande chaque nuit qui m’attend en rentrant dans ma chambre…

Malheureusement, avec la guerre en Irak, quelques musulmans stupides et illettrés, des fanatiques, ont cru bon  de transposer le conflit impérialiste voisin en un conflit religieux syrien. Deux jeunes filles ont été poignardées à la sortie de la messe quelques semaines avant Pâques, et le jeudi saint une église de Bab Touma a été profanée… Ces affaires ont bien entendu été étouffées. Le régime aurait mis de gros moyens en œuvre pour remonter au cerveau qui a armé ces jeunes bras palestiniens, descendu d’un camp voisin porter le fer en ville. Inutile de s’alarmer, ces cas sont exceptionnels. Je ne qualifierai pas les relations islamo-chrétiennes de cordiales, mais je dirai néanmoins qu’elle sont paisibles. La Syrie demeure un pays où cohabitent plus de trois milles groupes et sectes, dans une paix de plomb garantie par le parti Baath.

Le dimanche de Pâques est un jour important. Le quartier chrétien s’emplit de voisins endimanchés, les filles arborent des minijupes (remarquables et appréciées), les portes des maisons sont ouvertes, et chacun rend visite à chacun. On sait à l’avance qui reste chez lui et qui bouge pour ce jour. Les enfants ont peint des œufs durs de couleurs vives qu’ils s’écrasent deux par deux en se souhaitant de bons vœux. Toute la semaine les familles se retrouveront, et les amis discuteront chez les uns chez les autres. Renouant enfin avec l’alcool et la bonne chère. Christ est ressuscité !