J’aimerai vous parler d’un très bel endroit où l’on vient passer le week-end, une semaine, un mois, une vie. Il s’agit de Deir Mar Moussa, un monastère dans le désert syrien, à 80 kilomètres de Damas. Un ermite, saint, nommé Moïse, y a vécu au IVme siècle. L’église date du 11me, avec des fresques splendides, fut désaffectée au 19me, et depuis 1984 un jésuite italien, FRA. PAOLO, a entrepris de la restaurer. En 1991, il y crée sa communauté monastique suivant les rites de l’église syriaque catholique, en arabe. Ce groupe humain vit comme une famille, on y vient sans prévenir, on reste le temps que l’on veut, on participe à la vie commune, on étudie dans la bibliothèque, on prie à l’église, on médite dans la montagne, on garde les chèvres ou construit de nouvelles maisons, barrage, pièces sur le jabal (montagne). La vie monastique est organisée autour de trois axes, le travail manuel, la recherche spirituelle, l’accueil de l’Autre. Le tout tendu vers le dialogue chrétien-musulman. De 19 à 21 heures a lieu un temps de méditation puis un autre de prière dans l’église. Le silence imprègne les lieux, la nuit tombe, et la lumière vacillante des bougies entraîne les fresques dans un va-et-vient permanent vers le Seigneur. Assis sur d’épais tapis, recroquevillé contre un coussin, en extase ou suivant le fil de pensées vagabondes, lorsque les cordes du violon résonnent dans l’obscurité, il ne s’agit plus de croire en Dieu ou non, le cœur vibre à l’unisson de ces notes rauques, de cette mélodie frustre. Harmonie d’un instant qui durerait une éternité. La prière est en arabe, mais comme nous sommes quelques francophones Jihad, un moine de 25 ans, témoigne en français, autour des lectures bibliques. La dernière fois que j’étais venu ici j’avais lu le livre de la Genèse. Cette fois-ci est le tour de celui d’Esther, où pas une seule fois le nom de Dieu n’est prononcé, où vengeance, mœurs légères et meurtres sont prônés comme une arme politique absolue. Que les voies du Seigneur sont mystérieuses !