Tartous est le deuxième port de Syrie. La ville a connu son heure de gloire à l’époque byzantine. Elle n’a longtemps servi que de base continentale à l’île de Rouad, en face.  Petit port de pêche pendant des années, elle s’est développée très rapidement au cours des dernières décennies. Au large, près du grand port il y a une cinquantaine de cargos qui attendent. Entre l’île d’Arrouad et le continent le même nombre de rafiots achève de rouiller. Un cargo est échoué sur la plage en contrebas, un autre contre la digue du port. Cimetière marin. Face à la mer le « Café du moulin à vent » tient son nom d’un vieux moulin en bois situé à côté. Grandes salles lumineuses, égayées par les tables de joueurs de cartes, de tric trac et autres fumeurs de narguilés. J’aime. La corniche en front de mer est des plus agréables. Chansons des vagues, des passants et des marchands de souvenirs qui déballent leurs chapeaux de paille. Soleil et vent. Le bleu à perte d’horizon, bateaux échoués.

La vieille ville se dresse sur l’ancien fort croisé, squatté et démonté pierre à pierre au cours des siècles. Ce qui lui donne une apparence unique. On reconnaît vaguement la cour centrale de la garnison, et on apprécie la mélodie du minaret. Cris des enfants. Profondes portes d’entrée, fraîches et ombragées. Des escaliers courent à droite et à gauche. Et les chebab, jeunes, qui m’accompagnent aussi. Ceux-ci n’ont pas encore rencontré trop de touristes. Ils sont gentils, curieux, collants et pas mendiants pour un sou. Ni même pour un stylo ! Cooooool.  Un épicier m’offre une banane et un cola dans son échoppe, et m’autorise à  immortaliser son perroquet. Yallah, direction le musée.

Une église croisée, fortifiée par quatre tours à meurtrières en coin, aménagée en mosquée un peu plus tard, abrite aujourd’hui le musée municipal. Massive et franque, large portail dans un genre presque arabesque. Un grand jardin autour sert de dépôt à chapiteaux corinthiens. Les frondaisons sont un filtre aux rayons du soleil, qui s’écrasent à travers les branches d’arbres géants et centenaires. Bassins romains… Le musée abrite aujourd’hui un sarcophage en marbre colossal, une statuette de Bacchus, de nombreuses fioles et pièces de vaisselle en verre soufflé, des mosaïques, amphores, bas-reliefs, le tout entreposé dans la pénombre de cet édifice militaro-religieux moyenâgeux. Les flics locaux ont stocké pour quelque temps des motos cross toute neuves dans l’allée de gauche. Le directeur du musée a, quant à lui, posé son bureau dans la nef de droite. Il noircit les feuilles d’un cahier d’écolier en buvant de l’eau ferrugineuse. D’une amabilité syrienne, il me fait visiter sa caverne d’Ali Baba, et me charge de transmettre à l’ambassadeur de France le souhait de nombreux habitants de Tartous d’apprendre le français. « Particulièrement dans la situation actuelle » Impossible d’être tranquille même un jour de vacances !