La guerre en Irak est au centre des discussions à la mosquée Abou Nour, l’antre du sunnisme d’état (www.abunour.net). Le grand mufti de Syrie Cheik Ahmad Kaftaro (www.kuftaro.org) a une fois de plus dénoncé une guerre non pas dirigée contre l’Irak mais contre l’Islam. Reprenant l’exemple de Saladin, des invasions tatares et autres périodes de difficulté pour l’Oumma[1], Cheikh Kaftaro a noté qu’à chaque fois un homme providentiel avait sauvé les musulmans du déclin. Sans citer de nom il a annoncé qu’il fallait trouver cet homme au sein de chaque état. La prière était notamment consacrée « à notre Guide Président et aux feddayins de Palestine et d’Irak… »

Au deuxième jour de la guerre, au paroxysme de l’exaltation, les blessés de la veille paradaient la tête bandée, ornée d’un keffieh. Plusieurs centaines de manifestants se sont réunis en bas d’Abou Roumanieh, scandant des slogans, brûlant un drapeau américain. Les groupes se divisaient selon les affinités : étudiants, gauche, société civile, Palestiniens et … groupe imposant mais discret des moukhabarat. Point de ruée vers l‘ambassade ce soir, le cortège s’est éloigné des points de frictions de la veille, investissant le centre ville. Rodés à la gestuelle symbolique, les communistes disloquent le cortège en arrivant rue Bagdad, devant la Banque Centrale, alors que les jeunes têtes brûlées palestiniennes continuent seules. L’Amérique est vilipendée, les états du Golfe aussi, Koweït et Arabie Saoudite en tête, suivis de la Jordanie et l’Egypte, en somme tout ce que la rue populaire arabe qualifie d’arabes des américains, les bien nommés « larbins ». Devant les bureaux de Royal Jordanian, la compagnie aérienne hachémite, on défie le roi Abdallah, descendant du prophète, d’entrer au paradis. Le nationalisme arabe est très populaire « En Syrie, en Palestine et en Irak le peuple arabe ne fait qu’un » L’autorisation française de survol par les bombardiers B2 de l coalition est dénoncée comme une préparation de l’après-guerre. On entend aussi « No Blood for Oil » Les moukhabarat sont partout, à noter, écouter, enregistrer. La manifestation ne rencontrera aucune opposition policière. Les gens s’arrêtent au passage, regards intrigués mais encourageants. La caravane passe et les chiens de Bachar étouffent les aboiements.


[1] Oumma : la communauté des croyants, fidèles de l’Islam.