Long cheminement pour arriver jusqu’à la ville sainte. Tour de bateau et massage.
 

Vitesse moyenne 4 km/h. La gare d’arrivée est à 12 km de la ville, de l’autre côté du Gange. Il faut trois heures pour arriver. Vitesse moyenne 4 km/h. C’est lent. Premier ralentissement une vache qui se ballade sur la route et bloque les nombreux camions qui passent. Deuxième bouchon pour le passage de la rivière. Je viens de voir les images de la catastrophe au Portugal, sur le Douro. C’est le même pont mais il n’a pas de crues. Ouf. La vieille ville se masse avec le Gange à ses pieds. Les escaliers qui descendent vers le fleuve sont appelés les Ghâts. Il y en a des dizaines. Varanesi c’est l’ancienne Benares, la ville sainte où mourir est un gage de bonheur, dans la religion hindou. Beaucoup de voyageurs sont passés à Varanesi, la ville est magique, envoûtante et dangereuse, comme une fille dont on tombe très facilement amoureux.

Je ne crois pas qu’il soit possible de retranscrire Benares. C’est le meilleur portrait de l’Inde qu’il m’ait été donné de contempler. J’y retrouve tout ce que j’aime et déteste dans ce pays. Benares se situe clairement hors du temps. Elle prend l’homme par la main pour le guider le long des rives à la recherche de quelque chose qui n’existe pas. Tous les moyens sont bons. Charme, séduction, violence, menace et contrainte. Aimer Varanesi est trop faible. La connaître est prétentieux. M’y perdre est la clé de voûte de mon trip indien. S’abandonner le long du fleuve, aimer les lépreuses et les enfants buboniques. Se faire masser et regarder la quequette d’un Sâdhu. Prendre le soleil, lire un livre, discuter avec des touristes. S’entendre proposer du “ good hash “ à longueur de journée. Ecraser un chiot par hasard, attendre qu’une vache ait fini d’ingurgiter son tas d’ordures. Prendre le chai, écouter les tabla et les cloches à la tombée du jour. Et l’odeur des Burning Ghâts…Varanesi est une initiation sans fin, un cycle imperturbable, la rencontre de l’Homme et la découverte de ses limites. Ne cherchez pas à découvrir Varanasi dans ces lignes, pensez juste à réserver un billet d’avion pour vos prochaines vacances. Ce sera plus honnête.

La rive est très colorée, très bruyante, très vivante. Une chambre trouvée, et c’est la fin de l’après midi. Pour 50 ruppies un vieux bougre rame pour moi une heure durant sur la rivière, commentant de son sourire édenté le nom de chaque Ghat. Le Gange précède la ville d’un coude et la finit par un autre. Il coule ainsi du sud au nord, comme le Nil. Le soleil se lève dans la forêt, de l’autre côté, et se couche derrière la ville. En ce moment c’est la saison sèche, le Gange est réduit à une centaine de mètres, quelques km de sable sec laissant envisager sa largeur, la mousson venue. Le long du Gange se massent des Sadhu, hommes saints, barbus et nus. Ils vivent dans la plus grande simplicité le long de la rivière, pour se rapprocher de Dieu. On les appelle aussi Baba, ou “Hindou Gods”.  Les Gahts sont de grands escaliers, souvent dominés par le palais du Maharaja qui les a fait construire, et de temples aussi. La rive est très colorée, très bruyante, très vivante… Jusqu’à ce qu’on arrive au Burning Gaht. Très impressionnant. En aval des Ghâts principaux, on y brûle chaque jour cent, deux cents, jusqu’à quatre cents corps. Au début on voit juste les fumeroles des brasiers, puis on distingue les grands tas de bois qui attendent, sur des barques ou à terre. On entend la cognée des bûcherons, on voit la foule silencieuse. Exclusivement masculine. Les touristes sont réfugiés sur les balcons d’une maison voisine. La cendre est ensuite jetée par pelletées dans le Gange, par dessus les corps que l’on baigne avant de brûler. Le tour de Gange continue, et s’achève dans une douce couleur orangée. C’est le moment de répondre aux sirènes des masseurs, et attendre la nuit.